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Interview de Jounaïdi Abdeljaoued au journal le Temps (16-03-2009)

"Personne n’a intérêt à ce que les élections de 2009 soient une réédition des élections précédentes"

lundi 23 mars 2009

  • Q1 – Quels sont vos préparatifs pour les élections présidentielles et législatives de 2009 ? Dans quel cadre allez-vous y participer et quel sens donner à votre participation ? Est-ce une réédition de l’Initiative démocratique de 2004 ? Qu’en est-il de vos mécontents ?

Le Mouvement Ettajdid a annoncé sa volonté de participer aux élections d’octobre 2009, dans le cadre de l’Initiative Nationale pour la Démocratie et le Progrès (INDP) qui regroupe en plus de personnalités et de militants indépendants, le Parti Socialiste de Gauche et le Parti du Travail Patriotique et Démocratique. L’objectif essentiel de notre participation, c’est de faire de cette échéance politique une occasion de transition vers un véritable pluralisme politique qui permette à notre peuple d’exercer pleinement sa citoyenneté et sa souveraineté, et de connaître enfin de véritables élections libres et démocratiques dont le pays a tant besoin. En ce qui nous concerne, nous voulons profiter de cette échéance électorale pour développer notre projet de société, moderniste, progressiste et démocratique et le faire connaître auprès des plus larges couches de la population. La candidature de notre Premier secrétaire Ahmed Brahim en tant que porte-drapeau d’Ettajdid et de l’INDP aux élections présidentielles devrait être annoncée à l’occasion de la conférence-débat qui se tiendra le dimanche 22 mars 2009 à 10h à l’Espace Alhamra (Rue Al Djazira, Tunis). Ce sera le candidat effectif d’une opposition qui se posera comme alternative au pouvoir actuel, pour une Tunisie meilleure, avec des citoyens libres dans une société juste.

La dynamique enclenchée par l’INDP va dans le même sens que l’Initiative démocratique de 2004. Elle s’enrichit de cette expérience prometteuse, mais n’en est pas une simple réédition, puisqu’elle est considérée par l’ensemble de ses composantes comme le premier noyau d’une alliance qui va au-delà des élections, et qui vise la construction d’un véritable pôle progressiste et démocratique. Elle s’inscrit à ce titre dans la poursuite de la lutte pour le même projet avec des alliances plus larges.

Concernant ce que vous appelez les « mécontents » du dernier congrès d’Ettajdid, la participation de tous ceux qui veulent sincèrement être partie prenante de notre lutte est tout à fait souhaitable et nous n’avons à priori aucune réserve de les voir s’associer de nouveau à la construction de notre projet commun, y compris au niveau des structures de décision de notre mouvement. Plus généralement, le cap de l’ouverture est plus que jamais maintenu sur toutes les énergies qui ont à cœur de participer à la lutte pour un véritable changement démocratique et progressiste dans le pays.

  • Q2 – Quelles sont vos propositions politiques afin que les élections se passent dans de bonnes conditions ?

Personne n’a intérêt à ce que les élections de 2009 soient une réédition des élections précédentes avec leur cortège d’arbitraire, de pressions, d’abus et de falsifications. Nous sommes pour des élections libres, démocratiques et transparentes qui respectent la volonté des électeurs et leur vote réel. Pour cela, nous proposons une refonte radicale du système électoral afin de rompre avec les pratiques en vigueur d’un système de parti unique qui ne devrait plus exister. Il faudrait permettre en premier lieu l’inscription automatique sur les listes électorales de tous les citoyens qui remplissent les conditions pour être électeurs. Il faudrait ensuite changer le mode de scrutin actuel pour le remplacer par un scrutin à la proportionnelle où chaque liste obtient un nombre de postes proportionnel au nombre de voix obtenu à l’échelle nationale. Ceci n’aurait de sens que si le secret du vote (avec un vrai isoloir) est imposé le jour du scrutin et si le dépouillement public est garanti. Un Comité national indépendant devrait être constitué en accord avec toutes les parties concernées pour superviser les élections et assurer leur bon déroulement et leur transparence, depuis le contrôle des listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats, en passant par la campagne électorale elle-même, afin de veiller à l’égalité des chances entre les candidats et à la neutralité de l’administration. L’égalité absolue des temps d’antenne entre les candidats doit être garantie, contrairement à ce qui s’est passé en 2004 où cinq candidats de l’ID furent carrément privés de passage à la radio et à la télévision, et où le candidat officiel monopolisait à longueur de campagne les moyens publics d’information, sans parler des espaces d’affichage qui lui sont réservés, tout aussi disproportionnés, ce qui constitue une grave atteinte aux règles du jeu établies par le Code électoral lui-même. Enfin, il est impérieux de réduire le nombre de bureaux de vote pour faciliter le contrôle, et de criminaliser la fraude électorale pour que les membres de chaque bureau sachent à quoi s’en tenir en cas de falsification des résultats.

Ce sont là autant de mesures nécessaires mais pas suffisantes pour faire des élections une échéance politique crédible et une véritable consultation populaire qui soit autre chose qu’une formalité administrative donnant au Ministre de l’Intérieur tout le pouvoir de conduire l’opération et de proclamer les résultats selon la volonté des gouvernants et non celle des citoyens. Ce qui doit s’exprimer avant tout c’est la volonté d’assainir sans tarder l’atmosphère politique dans le pays, et de prendre des mesures concrètes dans ce sens avec la libération des militants et citoyens du bassin minier et leur rétablissement dans leurs droits, l’ouverture des moyens d’information publics, radio et télévision, à tous les partis sans exception pour qu’ils puissent se faire connaître avant l’échéance électorale, la promulgation d’une amnistie générale qui réconcilie la Tunisie avec elle-même. Il s’agit aussi, au cours de la période électorale, de renoncer aux pressions et pratiques abusives exercées par l’administration et le Parti au pouvoir, en acceptant enfin de gouverner avec des taux de participation et des pourcentages plus conformes à la réalité d’un scrutin libre et sans contraintes.

  • Q3 – En tant qu’ancien secrétaire général du Syndicat national de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, comment analysez-vous la situation du mouvement syndical à l’université après l’accord signé par le BE de l’UGTT et les remous que cela a suscités ?

J’ai été choqué par l’attitude injustifiable, pour l’UGTT dans son ensemble, d’aller signer un accord qui concerne des revendications spécifiques aux universitaires sans passer par leurs structures syndicales élues, comme si les universitaires étaient incapables de conduire par eux-mêmes et de mener à terme des négociations. Mais dans le tollé provoqué par la signature de cet accord, il y a lieu de distinguer entre la colère sincère et légitime des syndicalistes authentiques qui ont lutté pendant de longues années pour reconstruire le mouvement syndical indépendant et démocratique à l’université, et le débarrasser des tares de l’arrivisme et du clientélisme, et la grogne feinte, opportuniste et démagogique, de certaines « structures » sans âme, entretenues par le Ministère, qui ont largement prouvé par leurs positions et leurs actes qu’elles étaient à la solde de l’administration.

Ceci dit, la maladresse commise par les signataires du BE est de nature à mettre la FGESRS dans une situation embarrassante qui risque de la déstabiliser et de détourner les universitaires syndicalistes des véritables problèmes de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, mais aussi et surtout de porter atteinte à la crédibilité des dirigeants de la Centrale syndicale auprès de la masse des universitaires. Cela affaiblit le mouvement syndical dans son ensemble et laisse momentanément libre cours à une administration omnipotente qui s’entête dans son refus du dialogue et de la concertation avec les principaux concernés.

Les dirigeants de l’UGTT devraient être plus vigilants à l’égard de la fâcheuse tendance, chez certains, à sous-estimer l’apport du syndicalisme universitaire militant à la cause des travailleurs et au renforcement du rôle national de l’UGTT, et à l’égard du risque réel de tomber dans la facilité de pratiques bureaucratiques de plus en plus pesantes et anachroniques. Il est encore temps de se ressaisir et de remettre en discussion le fonctionnement des instances dirigeantes de l’UGTT et leurs relations avec les structures intermédiaires proches de la base, cela est essentiel pour la cohésion syndicale, comme il est grand temps d’engager une réflexion sérieuse et approfondie au sein même de l’UGTT sur l’état de notre université et son devenir, dans le cadre d’une vision critique et autocritique de l’ensemble de notre système éducatif. Quant au fond du conflit qui oppose les universitaires à leur ministère, rien ne vaut une action syndicale concertée et planifiée pour rendre à l’enseignant-chercheur sa dignité, revaloriser sa fonction et son statut, améliorer ses conditions de vie et de travail, afin de promouvoir un enseignement supérieur de qualité et une recherche scientifique de haute valeur ajoutée pour le pays.

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