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Mohamed Ennafaa : Témoignage de Georges Adda

mercredi 28 novembre 2007

Mohamed Ennafaa

J’ai entendu parler de Mohamed Ennafaa à la fin de 1943. Quelques mois avant, les armées nazies et mussoliniennes avaient été chassées de Tunisie. Sortis de la clandestinité, le Parti Communiste Tunisien et les syndicats se reconstituent. Les sympathisants, les anciens et nouveaux adhérents, les bonnes volontés se manifestent. Au Comité Central et au Bureau Politique nous évaluons tout ce monde, oui tout ce monde, parce qu’ils étaient, à ce moment, nombreux, très nombreux : les mineurs du bassin de Gafsa, les paysans de Kairouan, les pêcheurs de la Chebba, les jeunes chômeurs du Sahel à se tourner vers le Parti Communiste Tunisien pour prendre place aux côtés des cheminots, des instituteurs, des postiers, des artisans de Tunis. Et parmi ces ouvriers, ces paysans et ces enseignants un nom a émergé, accueilli avec étonnement, celui d’un jeune professeur de grec et latin, oui professeur de grec et latin, originaire de Jendouba et fraîchement installé à Sfax. Il s’agissait de Mohamed Ennafaa. Il est rapidement chargé de la responsabilité de la Section communiste de Sfax tout en développant une importante activité dans les syndicats.

A partir de ce moment nos relations deviennent plus « personnelles ». C’est que fin 1944 je fus nommé délégué interrégional et ainsi j’allais toutes les deux semaines passer quelques jours à Sfax pour tenter d’aider un peu les camarades de cette ville. A chacun de mes déplacements, Mohamed Ennafaa m’hébergeait, avec simplicité et camaraderie, dans son appartement.

Puis il est « monté » à Tunis pour enseigner au Collège Alaoui et fonder une famille avec Eugénie, militante de l’Union des Jeunes Filles. Je veux ici renouveler ma sympathie et mon amitié à celle qui a accompagné Mohamed pendant plus de soixante ans dans une constante et parfaite solidarité, à celle qui a eu à élever, quelquefois seule, quatre garçons. A Ridha, à Mourad et à Anouar, je voudrais dire que j’estimais beaucoup leur père dont ils peuvent être très fiers.

A Tunis Mohamed est rapidement élu au Comité Central et en 1948 il est choisi comme premier responsable du Parti. Membres du Bureau Politique et du Comité Central, nous étions aussi « permanents », c’est-à-dire fonctionnaires d’un parti dont les finances étaient, comme vous le savez, toujours déficitaires. Nous nous retrouvions tous les jours au siège du Parti. En 1952, nous sommes arrêtés, lui en janvier, moi en mars pour être internés dans la caserne française de Remada dans l’extrême sud tunisien, puis nous sommes transférés au camp de concentration de Ben Gardane, puis à celui de Zaarour, où nous avons retrouvé un très grand nombre de camarades de toutes les régions du pays. Fin 1952, il entre dans la clandestinité jusqu’en septembre 1954. Durant de longues années il a tenu haut l’étendard du Parti dont il avait la charge, il n’a jamais douté du dur combat mené ni de son issue victorieuse.

Je ne peux oublier toutes ces périodes faites de fraternité et de confiance qui ont consolidé notre amitié.

Nos débats étaient souvent difficiles et les divergences étaient elles aussi là, mais les discussions et les confrontations avec Mohamed Ennafaa se succédaient sans heurts ni animosités. C’est qu’avec Mohamed Ennafaa il n’y avait jamais d’altercations, de cris, ni de colères. Je n’ai jamais vu Mohamed Ennafaa furieux, hargneux ou emporté. Au point qu’à certains moments je ne comprenais pas son calme : Etait-ce de l’indifférence ? Etait-ce de l’impassibilité ? Etait-ce un manque de personnalité ? Non, rien de tout cela, car il était d’un grand courage. Mais n’ayant aucun enjeu personnel ou ambition déterminée, il relativisait tout. Il formulait clairement ses positions et propositions mais ne cherchait jamais à imposer celles-ci en faisant valoir son rang et ses responsabilités dans le Parti ou en utilisant la manipulation et le clanisme, car il n’a jamais été l’homme d’un groupe ni celui des manoeuvres souterraines et inavouables.

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