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Lakhdar Lalla au journal Le Temps :

"Pas question d’ignorer les contestataires. Nous les jetterions dans les bras d’autres mouvements"

mardi 1er avril 2008

Interview de Lakhdhar Lala, membre du Comité politique d’Ettajdid

Le Mouvement Ettajdid a tenu en juillet 2007, un congrès unificateur avec des personnalités indépendantes. Un congrès qui a connu des remous quant à son déroulement et ses résultats qui ont abouti au retrait d’indépendants et même de militants du parti.

Après des discussions au sein des structures, le Comité politique d’Ettajdid a décidé, le 9 février 2008, de constituer une commission qui se chargera de contacter les contestataires afin de les réintégrer au sein des structures du parti pour concrétiser le projet de formation d’un large mouvement démocratique et progressiste.

Nous avons invité Lakhdhar Lala, membre du Comité politique et membre de cette commission. Il nous parle, ici, de cette initiative, de son objectif, du processus d’unification et d’autres questions.


Février 2008

Le Temps : Le Comité politique d’Ettajdid a décidé le 9 février, de constituer une commission chargée de contacter ceux qui se sont retirés du congrès d’unification, des militants du parti et des personnalités indépendantes qui s’est tenu les 27, 28 et 29 juillet 2007, afin qu’ils réintègrent le Mouvement. Vous êtes membre de cette commission, parlez-nous de cette initiative.

  • Lakhdhar Lala : La commission est chargée de discuter avec ceux qui ont été mécontents du déroulement du dernier congrès et aussi de ses résultats. Cette initiative est l’œuvre de Adel Chaouch et de moi-même.

Personnellement, j’ai réitéré cette proposition lors de la réunion du Conseil central du parti en décembre dernier. Je crois qu’il faut retisser les liens avec tous ceux qui ont participé au processus unitaire et au même moment rétablir le pont de dialogue avec les militants et les militantes qui croient encore à la nécessité d’un mouvement démocratique progressiste comme une nécessité politique et historique. Cette idée a dominé le débat au sein d’Ettajdid et aussi entre Ettajdid et des personnalités indépendantes, pendant un an et demi, avant la tenue du congrès. Mais les résultats du congrès n’ont pas été à la hauteur des espoirs escomptés à ce processus d’unificateur. Des militants et pas des moindres, sont restés en dehors de cette opération d’unification. On ne peut, donc, pas imaginer que ceux qui ont contribué et même dirigé le processus soient exclus purement et simplement par des tours de passe et que le respect du principe sur lequel tout le monde était d’accord à savoir celui des sensibilités et leurs nécessaires présences, n’ait pas été en grande partie respecté notamment chez les indépendants.

Le Temps : Mais cette initiative de créer cette commission a mis du temps pour se concrétiser. Il y avait au sein du Comité politique des réticents. Aujourd’hui, le choses ont changé ?

  • Le fait que le Comité politique a décidé la création de cette commission est un pas positif pour rectifier certaines déviations et ramener le débat qui a lieu jusqu’à maintenant à l’extérieur au sein des structures du parti. Ici, il faut saluer la position des membres du Comité politique qui n’étaient pas chauds pour la création de cette commission et qui ont approuvé cette initiative. La position du premier secrétaire du parti, Ahmed Brahim, a pesé beaucoup dans un sens positif.

Le Temps : Quels sont les membres de cette commission ?

  • Ahmed Brahim et des membres du Comité politique, Mahmoud Ben Romdhane, Tarak Chaâbouni, Adel Chaouch, Slim Ben Arfa et moi-même.

Le Temps : Les contacts ont-ils commencé ?

  • Oui, notamment avec des militants dans les régions et aussi dans le Grand Tunis.

Le Temps : Pouvez-vous nous citer des noms ?

  • Ahmed Azouzi, Yacine Guigua, Lotfi Hamda, Thameur Driss, Safaeddine Mkademi, Salah Toumi, et d’autres.

Le Temps : Quelles sont vos premières impressions quant aux résultats de ces contacts ?

  • On a eu des réactions positives même si certains ont exprimé des réticences. Pour moi et pour d’autres camarades, nous avons une obligation d’écouter et de dialoguer sans exclusive, sans tabous. Premièrement, les divergences quant au poste de premier secrétaire ne sont plus à l’ordre du jour. Deuxièmement, on ne peut constituer un mouvement démocratique progressiste si on reste divisé. Le Comité politique du parti est conscient de ce handicap. Quand je dis qu’il faut remédier aux déviations, on ne peut pas le faire seul, mais justement avec les contestataires. Nous espérons que cette initiative qui en est à ses débuts, réussira et aboutira à réunifier tous les militants qui ont contribué au processus d’unification.

Le Temps : Mais, quelle place occuperont au sein du parti les contestataires ?

  • La place de ces militants ne peut pas être décidée à l’avance. Elle doit être le fruit de ce dialogue et aussi des décisions qui seront prises par le Conseil central, qui se réunira fin mars 2008. Une seule chose à éviter : c’est de précipiter ce dialogue. Il faut parvenir avant tout à cicatriser les blessures politiques et même psychologiques.

Le Temps : Vous êtes optimiste quant aux résultats ?

  • Si, par malheur, cette initiative échoue, il y aura des conséquences négatives sur Ettajdid lui-même.

Il y aura des conséquences sur son rôle et sa participation aux échéances électorales de 2009. Il faut tirer la leçon des élections de 2004. A cette occasion, Ettajdid a été si souple et a accepté tous les sacrifices pour sauver l’essentiel, c’est-à-dire, l’unité de tous les démocrates et les progressistes qui ont participé avec lui à ces élections dans le cadre de l’Initiative Démocratique. Que tous les camarades, les contestataires et ceux qui sont à Ettajdid fassent de l’unité et de son renforcement leur premier objectif. Aujourd’hui, si on ignore les contestataires on les poussera ou bien à adhérer dans d’autres partis ou bien à faire scission. Dans tous les cas, Ettajdid et ses dirigeants n’ont aucun intérêt à aboutir à cette situation. Pour cela, la création de cette commission est une nécessité pour sauver le processus unitaire et au même moment un signe de respect pour ces militants. Si certains d’entre eux refusent de réintégrer les structures, j’espère qu’ils resteront dans le cadre de l’initiative-alliance, pour participer avec nous aux échéances de 2009.

Le Temps : 36 ans après les événements du 5 février 1972, qui ont secoué l’université à l’époque et auxquels vous avez participé activement et vous étiez même le chef de file et le symbole. Quelles leçons vous pouvez en tirer, aujourd’hui ?

  • Nous les avions vécus ensemble enfin. Je peux dire que j’étais impressionné par la spontanéité de ce mouvement qui a soulevé les masses. C’était le premier mouvement qui a revendiqué l’autonomie des organisations nationales. L’autonomie de l’Union Générale des Etudiants Tunisiens (UGET).

Le Temps : Justement parlez-nous de la crise qui secoue l’UGET depuis des décennies.

  • La crise actuelle n’est pas nouvelle. Nous avons lutté contre l’ingérence dans les affaires de l’organisation estudiantine. Je reste convaincu pour que l’UGET devienne l’organisation de tous les étudiants il faut que tous les étudiants puissent y adhérer sans exclusion et sans leur demander leur couleur politique. L’instrumentalisation de l’UGET par les groupuscules a commencé en 1976. Il faut que l’UGET se défende contre l’obscurantisme et contre l’autoritarisme qu’elle soit autonome et indépendante de toutes les parties. En dehors de cela je ne vois pas de solution. Les fausses médiations de certains anciens de l’ UGET qui sont en partie responsables de cette crise et qui n’ont pas fait leur autocritique ne vont aboutir à aucune solution pour résoudre cette crise.

Interview réalisée par :Néjib SASSI

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